Un équilibre des pouvoirs : le Parlement facteur d'espérance

Là est sans doute le rôle essentiel du parlementaire obligé par sa fonction à se tenir au contact de ses électeurs, informé mieux que quiconque des besoins, des aspirations, des difficultés des hommes, il peut et doit rappeler sans cesse au pouvoir exécutif que sa mission n’est pas de rechercher des solutions théoriques idéales, mais d’adapter constamment son action aux réalités vivantes.

Allocution à Versailles aux cérémonies inaugurales du congrès interparlementaire, 2 septembre 1971.

(Cotes : AG/5(2)/977/N1 Reportage
n° 2122 / Investiture du Président
Georges Pompidou
(20 juin 1969).
(archives nationales)

 

 

«J’ajoute que le travail de l’Assemblée prendra d’autant plus son sens et sa portée que le Gouvernement entretiendra avec elle un contact permanent et l’associera largement à la conduite de sa politique. J’évoquais tout à l’heure la tentation du retour au régime d’assemblée. Mais il est une autre tentation qui pourrait elle aussi se révéler dangereuse, à laquelle je suis particulièrement sensible, peut-être par ce que ma carrière politique n’a pas eu un déroulement classique, je veux dire la tentation du Gouvernement de s’enfermer sur lui-même. (il faut) que le Parlement se maintienne à l’intérieur des compétences que lui reconnaît la Constitution. Mais ces compétences sont larges et je souhaite vivement que l’Assemblée nationale les exerce complètement. Le vote des lois et du budget, le contrôle de l’action gouvernementale, que ce soit par la voie des questions orales ou par les larges débats politiques qui s’instaurent périodiquement et peuvent se conclure par un vote à l’initiative soit du Gouvernement, soit des parlementaires eux-mêmes, voilà de quoi justifier amplement votre importance dans la vie nationale.»

Réponse au toast porté par Achille Peretti, Président de l’Assemblée Nationale,
21 septembre 1972.

 

Tout gouvernement, quel qu’il soit, et même s’il est composé d’hommes profondément libéraux, a tendance forcément à s’enfermer sur lui-même, à croire que ce qu’il fait, c’est la seule bonne voie et, par conséquent, il a besoin qu’un organisme le rappelle au sens des réalités, au sens des besoins et des aspirations du pays, pour le contrôler – c’est le pouvoir législatif dans sa fonction de contrôle – et chaque fois qu’on doit imposer un certain nombre de choses aux citoyens par la loi, le gouvernement a besoin de faire voter cette loi. Ce sont les deux aspects du pouvoir du Parlement : le vote de la loi et le contrôle de la politique gouvernementale. […] Les décisions du Pouvoir sont de plus en plus dominées par des considérations techniques: même dans les Parlements du type le plus classique, l’élaboration de la loi s’est complètement modifiée. Certes le Parlement vote les lois mais les parlementaires se trouvent souvent en présence de textes que seuls des techniciens, travaillant avec l’aide de spécialistes de toutes sortes et l’appui des ordinateurs, ont pu mettre au point. Il y a là une fatalité en même temps qu’un grand danger car le spécialiste et la machine négligent nécessairement ce qui, dans l’homme, échappe aux lois de l’électronique ou la de la spécialisation. […] J’ai eu l’occasion dans une autre enceinte de souligner un autre devoir du Parlement, et qui est de défendre la liberté contre l’arbitraire du pouvoir.

Allocution à Versailles aux cérémonies inaugurales du congrès interparlementaire, 2 septembre 1971.