La Poésie interroge la Politique

«Quand Hugo écrit Les Châtiments,il fait des vers. Pourtant c’est à coup sûr un acte politique. Faut-il évoquer Churchill disant aux Anglais : «Je n’ai rien à proposer que du sang et du travail, des larmes et de la sueur.». N’est-ce pas de la poésie, et même shakespearienne ? Fût-il cependant jamais acte politique plus important pour toute l’humanité ? N’en dirai-je pas autant des appels que lançait de Londres, en 1940, le général de Gaulle et qui, même s’ils constituaient une prévision raisonnée de l’avenir, s’apparentaient par le style comme par la pensée à cette forme de poésie qui est chez nous celle de Corneille ou de Chateaubriand.»

 

« Au premier abord, chacun est tenté de penser que poésie et politique s’opposent fondamentalement. «La politique, hélas, voilà notre misère!» écrit Musset, et de conclure qu’il y a incompatibilité entre l’action, dont la politique devrait être la forme la plus haute, et le rêve dont la poésie est une expression privilégiée.»

«Il y a chez quelques hommes – je ne parle que des grands – une sorte de don magnétique. Certains savent le faire passer dans les mots, qui sont poètes, en vers ou en prose. D’autres s’en servent pour guider un peuple et l’entraîner vers une Terre promise. Des uns et des autres, la prospérité rappelle indéfiniment les oeuvres et les exploits.»

«L’ennui est qu’un pays peut se passer momentanément de grands poètes car il détient ce que le passé lui a légué. La gestion des affaires publiques, elle, ne souffre point d’interrègne. Et c’est pourquoi dans la vie des nations alternent la grandeur et la médiocrité. Dans ce dernier cas, il ne leur reste qu’à se consoler en se rappelant que les peuples heureux n’ont pas d’histoire. Du moins, c’est ce qu’on dit.» Textes de Georges Pompidou sur « Poésie et politique», lu le lundi 28 avril 1969 par Jacques Toja, lors d’une soirée poétique de la Comédie-Française.